La corde est la pièce la plus sollicitée de votre arc, et la seule qui soit un véritable consommable. C’est elle qui transfère aux flèches toute l’énergie emmagasinée par les branches — plusieurs dizaines de kilos, plusieurs centaines de fois par séance.
Elle s’use donc. Et l’entretenir prend cinq minutes par mois.
Pourquoi une corde a besoin de cire
Une corde d’arc n’est pas un fil unique : c’est un faisceau de brins synthétiques toronnés. À chaque tir, ces brins frottent les uns contre les autres. C’est cette abrasion interne, invisible de l’extérieur, qui use la corde bien avant tout dommage apparent.
S’y ajoutent les agressions extérieures : les UV, l’humidité, les écarts de température, et les frottements répétés contre le protège-bras, le plastron ou les vêtements.
La cire joue trois rôles :
- Elle lubrifie les brins entre eux et réduit l’abrasion interne.
- Elle imperméabilise — une corde gorgée d’eau s’allonge et fait chuter le band.
- Elle solidarise le faisceau, ce qui limite l’effilochage et maintient la torsion.
Une corde bien entretenue dure facilement deux à trois fois plus longtemps qu’une corde négligée. C’est le meilleur retour sur cinq minutes d’entretien de tout l’équipement.
Ce qu’il vous faut
- Une cire pour corde, formulée pour les matériaux synthétiques (Dacron, Fastflight, Dyneema). Une bougie ou une cire à ski ne conviennent pas : elles ne pénètrent pas et encrassent.
- Un bout de ficelle ou une chute de cordage, une vingtaine de centimètres. C’est l’outil de finition, et il change tout.
La méthode, en quatre étapes
1. Inspecter avant de cirer
Bandez l’arc pour tendre la corde, puis passez-la en revue sur toute sa longueur :
- Le tranche-fil (la surliure centrale) doit être intact, sans brin qui dépasse ni zone ouverte.
- La corde doit conserver sa torsion habituelle.
- Aucun brin ne doit être coupé, blanchi ou pelucheux.
- Les boucles aux extrémités ne doivent pas montrer d’usure.
Si vous trouvez un brin coupé ou un tranche-fil ouvert, ne cirez pas : remplacez. La cire ne répare rien, et une corde qui casse au lâcher équivaut à un tir à vide — vos branches n’y survivront pas forcément.
2. Appliquer la cire
Frottez le bâton de cire sur toute la longueur de la corde, sans excès. Une couche fine et régulière suffit largement.
Évitez soigneusement le tranche-fil et les surliures des boucles : la cire n’y pénètre pas, elle s’y accumule, encrasse et finit par attirer la poussière.
3. Faire pénétrer par friction
Pincez la corde entre le pouce et l’index, et faites des allers-retours énergiques sur toute la longueur.
L’objectif n’est pas d’étaler mais de chauffer : c’est la chaleur produite par la friction qui fait fondre la cire et la fait descendre entre les brins. Une cire simplement déposée en surface ne sert quasiment à rien. Vous devez sentir la corde tiédir sous les doigts.
4. Lisser et retirer l’excédent
C’est l’étape que tout le monde saute, et c’est la plus utile.
Enroulez votre bout de ficelle autour de la corde, sans serrer, et faites-le coulisser d’une extrémité à l’autre. Il va répartir la cire uniformément et racler le surplus.
Une corde correctement cirée est lisse et légèrement satinée — jamais collante. Un excédent de cire est contre-productif : il colle, capte la poussière et alourdit la corde, ce qui ralentit imperceptiblement le tir.
À quelle fréquence ?
| Pratique | Fréquence |
|---|---|
| 1 à 2 séances par semaine | Une fois par mois |
| 3 séances et plus | Toutes les une à deux semaines |
| Après un tir sous la pluie | Séchage complet, puis cirage |
Le vrai bénéfice de ce rituel dépasse la cire elle-même : il vous force à inspecter votre corde tous les mois. La plupart des ruptures se voient venir — encore faut-il regarder.
Quand faut-il remplacer plutôt que cirer
Une corde ne se cire pas indéfiniment. Remplacez-la si :
- Des brins sont coupés ou visiblement blanchis.
- Le tranche-fil se défait ou tourne sur lui-même.
- Le band baisse régulièrement malgré les retorsions — signe que la corde s’est allongée définitivement.
- Elle est duveteuse sur toute sa longueur, malgré le cirage.
- Elle a subi un choc violent ou est passée sur une arête vive.
Même en bon état apparent, une corde se change périodiquement : une fois par an pour une pratique loisir, deux fois ou plus pour un compétiteur qui tire beaucoup. Elle perd progressivement son élasticité et sa capacité de restitution, de manière trop lente pour être perçue au tir — mais bien réelle sur les scores.
Trois erreurs classiques
- Cirer sans faire pénétrer. Une cire posée en surface ne protège pas les brins internes, qui sont précisément ceux qui s’usent.
- Cirer le tranche-fil. Cela ne sert à rien et encrasse la zone la plus manipulée de la corde.
- Attendre que la corde peluche. À ce stade, l’abrasion a déjà fait son travail. Le cirage est une prévention, pas un remède.
En résumé
Un tube de cire coûte quelques euros et dure des années. Cinq minutes par mois, et vous doublez la durée de vie de votre corde tout en gardant un band stable.
Inspectez, appliquez, faites chauffer par friction, lissez à la ficelle. Et au moindre brin coupé, changez la corde sans hésiter : c’est la pièce la moins chère de l’arc, et celle dont la rupture coûte le plus cher.
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À lire ensuite : bander son arc et monter sa corde et choisir son arc classique.