Acheter un arc sans méthode, c’est la garantie de racheter du matériel six mois plus tard. La bonne nouvelle : le choix se résume à quatre décisions, à prendre dans un ordre précis. Votre latéralité, votre allonge, la puissance que vous pouvez réellement tirer, et enfin le type d’arc correspondant à ce que vous voulez faire.
Prises dans cet ordre, ces quatre décisions s’enchaînent naturellement. Prises dans le désordre, on se retrouve avec un arc trop puissant, trop court ou tout simplement du mauvais côté.
1. La latéralité : elle se décide avec l’œil, pas avec la main
C’est le point qui surprend le plus les débutants : on ne choisit pas son arc selon la main avec laquelle on écrit, mais selon son œil directeur. Il est parfaitement courant d’écrire de la main droite et d’avoir l’œil gauche directeur.
Un archer à œil directeur droit tiendra l’arc de la main gauche et tirera la corde de la main droite : il lui faut un arc RH (right handed). L’inverse pour un gaucher, en LH. Ce n’est pas un détail de confort : sur un arc classique, la fenêtre d’arc et le repose-flèche sont usinés d’un seul côté. Un arc du mauvais côté est inutilisable, point.
Faites le test avant tout achat, pas après.
2. L’allonge : elle détermine la taille de l’arc
L’allonge est la distance, en position de tir complète, entre la corde à vos repères de visage et le creux du grip. Elle s’exprime en pouces.
Pour une première estimation à la maison : tendez les bras à l’horizontale, mesurez d’un bout de majeur à l’autre, divisez par 2,5, puis convertissez en pouces (divisez par 2,54). Une envergure de 175 cm donne environ 27,5 pouces. La mesure fiable, elle, se fait en club ou en magasin avec une flèche graduée, et à deux.
Retenez qu’une allonge de débutant augmente presque toujours avec la pratique, à mesure que la posture se met en place. Inutile donc de viser le matériel parfait au millimètre dès le premier arc.
3. La puissance : l’erreur la plus coûteuse
La puissance se compte en livres, notées #. L’erreur classique du débutant est de prendre trop puissant, par crainte de « progresser trop vite ». Le résultat est systématiquement le même : impossible de tenir la position, technique qui se dégrade pour compenser, épaule qui souffre, et souvent un abandon.
Un adulte qui débute est généralement bien servi entre 18 et 26 livres en arc classique. On monte ensuite, une fois les fondamentaux acquis.
Un point que beaucoup ignorent : la puissance marquée sur les branches est étalonnée pour 28 pouces d’allonge. Avec 31 pouces, vous tirerez sensiblement plus que la valeur affichée ; avec 26 pouces, nettement moins. Deux archers avec des branches marquées 30# ne tirent pas la même chose. C’est aussi pour cette raison qu’il faut faire peser sa puissance réelle au peson avant de choisir ses flèches.
4. Les trois familles d’arcs
L’arc classique, ou recurve
C’est l’arc des Jeux olympiques et celui que tous les clubs utilisent pour l’apprentissage. Il se reconnaît à ses branches recourbées vers l’avant en bout — d’où le nom recurve.
Sa grande force est d’être démontable et évolutif : une poignée (bois, aluminium ou carbone), une paire de branches interchangeables, un repose-flèche, une corde. Quand vous gagnez en puissance, vous changez les branches et gardez la poignée. Quand vous progressez, vous ajoutez un viseur, un berger button, une stabilisation, un clicker — ou vous le laissez nu pour tirer en barebow.
C’est le choix par défaut pour débuter, et il le reste souvent très longtemps.
L’arc à poulies, ou compound
Le plus mécanique des trois. Deux poulies excentrées aux extrémités, une corde et des câbles. En tirant, l’archer franchit d’abord un pic d’effort, puis la démultiplication fait chuter la force à maintenir : c’est le let-off, qui peut atteindre 80 %. Concrètement, sur un arc réglé à 50 livres, on ne retient qu’une dizaine de livres en visée.
Deux précisions importantes, souvent mal comprises :
- La puissance ne se règle pas en changeant les branches. Elle s’ajuste en vissant ou dévissant les vis de branches, dans une plage donnée par le constructeur (typiquement 10 livres).
- L’allonge ne se règle pas non plus par les branches, mais par les modules ou les cames, parfois par simple changement de position, parfois par remplacement de pièce.
Cet arc n’est pas réservé aux experts, mais il demande d’accepter une part de réglage mécanique. Les modèles cible sont plus grands et plus lourds pour la stabilité ; les modèles chasse, plus courts et plus légers pour la maniabilité.
Les arcs traditionnels
Longbows, recurves monoblocs, recurves démontables traditionnels, arcs équestres. Pas de viseur, pas d’accessoires : l’archer, son arc, sa flèche. La visée est instinctive et se construit par la répétition.
Ces arcs sont d’une simplicité désarmante, souvent en bois, parfois renforcés de carbone. La flèche repose directement sur le tapis de la fenêtre, ce qui impose des plumes naturelles. Leur terrain de prédilection, ce sont les parcours : tir nature, 3D, campagne.
Attention à la puissance : les arcs traditionnels ne se règlent pas. Ce qui est acheté est définitif.
La longueur de l’arc : long rime avec stable
C’est le point où circule le plus de contre-vérités, alors soyons net : un arc long n’est pas un handicap à longue distance, c’est exactement l’inverse.
Un arc long offre un angle de corde plus ouvert à pleine allonge, donc moins de pincement des doigts, et surtout une tolérance aux petits défauts bien supérieure. Ce n’est pas un hasard si les arcs olympiques, utilisés à 70 mètres, mesurent 68 à 70 pouces — c’est-à-dire le haut de la gamme des tailles disponibles.
À l’inverse, un arc court est plus nerveux, plus rapide à mettre en œuvre, plus maniable en sous-bois ou à cheval, mais nettement moins indulgent. On le choisit pour la maniabilité, pas pour la portée.
En pratique, la taille de l’arc classique se déduit de l’allonge :
| Allonge | Taille d’arc conseillée |
|---|---|
| Jusqu’à 26″ | 64 à 66″ |
| 26″ à 28″ | 66 à 68″ |
| 28″ à 30″ | 68″ |
| Au-delà de 30″ | 68 à 70″ |
Sur un arc démontable, cette taille finale résulte de la combinaison poignée + branches : une poignée 25 pouces avec des branches longues donne 70 pouces, avec des branches courtes 66 pouces.
Quel arc pour quelle pratique ?
| Pratique visée | Arc adapté |
|---|---|
| Découverte, club, salle | Classique démontable, faible puissance |
| Tir extérieur, compétition FFTA | Classique 68-70″ équipé |
| Tir 3D, nature, campagne | Traditionnel ou classique barebow |
| Recherche de précision maximale | Arc à poulies cible |
| Chasse à l’arc | Arc à poulies chasse ou recurve puissant |
| Tir instinctif, plaisir | Longbow ou recurve monobloc |
Et le budget ?
Un ensemble classique complet et honnête pour débuter se situe autour de 200 à 350 €, accessoires compris. En dessous, on trouve surtout des arcs de loisir qui plafonnent vite et ne se font pas évoluer.
Le meilleur conseil reste de tirer avant d’acheter. La plupart des clubs prêtent du matériel les premières séances : trois séances vous en apprendront plus que n’importe quel comparatif. Si vous savez déjà où vous allez, les gammes arcs classiques, arcs à poulies et arcs d’initiation d’Archerie.fr couvrent l’ensemble des tailles et puissances évoquées ici.
En résumé
- Déterminez votre œil directeur → RH ou LH.
- Mesurez votre allonge → elle donne la taille de l’arc.
- Choisissez une puissance modeste → vous monterez ensuite.
- Choisissez la famille d’arc selon la discipline visée, pas selon l’esthétique.
Et rappelez-vous qu’un arc de débutant bien choisi ne se remplace pas : il s’enrichit branche après branche, accessoire après accessoire.
À lire ensuite : choisir son arc classique en détail et bien tenir son grip.