On choisit son arc, puis on prend « des flèches ». C’est l’erreur la plus répandue chez les archers débutants. Une flèche n’est pas un accessoire interchangeable : c’est la seule pièce de votre matériel qui part vers la cible, et c’est elle qui traduit — ou trahit — la qualité de votre tir.
Deux archers côte à côte, même arc, même puissance, même technique : celui qui tire des flèches adaptées groupera. L’autre s’épuisera à régler un arc qui n’est pas en cause. Voici, dans l’ordre, ce qu’il faut regarder.
Le spine : le critère numéro un
Si vous ne deviez retenir qu’une seule chose de cette page, ce serait celle-ci. Le spine est la valeur imprimée sur chaque tube : 400, 500, 600, 700, 900… Elle mesure la rigidité du tube.
La convention est contre-intuitive et beaucoup s’y trompent : plus le chiffre est grand, plus la flèche est souple. Un spine 400 est raide, un spine 900 est très souple. Le chiffre correspond en réalité à une déflexion en millièmes de pouce mesurée sous charge normalisée : un tube marqué 500 fléchit de 0,500 pouce.
Pourquoi c’est déterminant
Au lâcher, la flèche ne part pas droite. Elle est poussée par l’arrière alors que sa pointe est encore à l’arrêt : elle se cintre, ondule autour de la fenêtre d’arc, puis se stabilise en vol. C’est le paradoxe de l’archer. Ce phénomène est normal et inévitable — l’enjeu est qu’il se produise à la bonne amplitude.
- Tube trop souple pour la puissance tirée : l’oscillation est trop ample, la flèche sort en crabe, les impacts partent d’un côté et les groupements s’ouvrent avec la distance.
- Tube trop raide : il ne travaille pas assez, encaisse mal la poussée, et vous ne parviendrez jamais à obtenir un vol propre, quel que soit le réglage du berger button.
Autrement dit : tant que le spine n’est pas bon, aucun réglage d’arc ne vous sauvera. C’est le point de départ, pas un détail de finition.
Comment trouver le vôtre
Le spine ne se devine pas. Il se lit dans un tableau à double entrée fourni par le fabricant du tube :
- en abscisse, votre allonge AMO (voir plus bas) ;
- en ordonnée, la puissance réellement tirée à votre allonge, mesurée au peson — pas la puissance marquée sur les branches, qui est étalonnée pour 28 pouces.
Le croisement des deux vous donne une plage de spines. Trois réflexes utiles :
- Arrondissez votre allonge au quart de pouce supérieur plutôt qu’inférieur.
- Si vous êtes en début de plage de puissance et qu’on vous propose deux spines, prenez le plus souple.
- Si l’hésitation persiste, un tube légèrement trop raide se rattrape (en allongeant la flèche ou en alourdissant la pointe) ; un tube trop souple, beaucoup moins.
Attention : chaque marque a son propre tableau. Le tableau Easton a longtemps servi de référence universelle, mais un spine 600 Skylon, Victory ou Gold Tip ne se comporte pas exactement comme un 600 Easton. Utilisez toujours le tableau du fabricant du tube que vous achetez.
La longueur : elle découle de votre allonge
La longueur de flèche se calcule à partir de votre allonge AMO, c’est-à-dire la mesure prise au point de pivot du grip à laquelle on ajoute 1,75 pouce.
Une flèche trop courte est dangereuse : à pleine allonge, la pointe peut passer derrière le repose-flèche et se bloquer sur la fenêtre d’arc. Une flèche trop longue coûte de la vitesse, alourdit l’ensemble et assouplit le tube.
En pratique, on achète volontiers des tubes non coupés en 32 ou 33 pouces que l’on fait recouper à la bonne longueur. Pensez à intégrer la longueur de la pointe dans le calcul, et gardez une petite marge de sécurité au-delà du repose-flèche — surtout si vous débutez, car l’allonge augmente presque toujours avec la pratique.
Le tube : quatre familles de matériaux
Le carbone
Léger, rapide, très résistant, insensible à la déformation. C’est aujourd’hui le standard, du tir en salle au tir extérieur en passant par le 3D. Son seul point faible : en cas de choc violent, il peut éclater plutôt que se tordre — d’où la nécessité de vérifier chaque tube après un impact douteux.
L’aluminium
Plus lourd, plus épais, plus lent — et c’est parfois exactement ce que l’on cherche. En salle, à 18 mètres, un tube alu de gros diamètre grignote quelques millimètres précieux sur la cible et s’extrait plus facilement du blason qu’un carbone fin planté profond. Sa régularité de fabrication est excellente ; en revanche, il se tord et doit être redressé ou remplacé.
Le mixte carbone-aluminium
Une âme carbone dans une chemise aluminium. On y gagne un tube très fin, très régulier et lourd pour son diamètre : c’est le choix des archers de haut niveau en tir extérieur, où pénétrer le vent compte plus que tout. C’est aussi le plus cher.
Le bois
Réservé aux arcs traditionnels et aux longbows, avec lesquels il forme un ensemble cohérent : douceur au lâcher, silence, authenticité. Il demande en contrepartie un tri régulier, car deux tubes bois ne sont jamais rigoureusement identiques.
La pointe : elle modifie le comportement du tube
Le poids de pointe, exprimé en grains, n’est pas neutre. Alourdir la pointe assouplit dynamiquement la flèche ; l’alléger la raidit. C’est le levier de réglage le plus simple quand on se retrouve entre deux spines.
Un poids de pointe élevé avance aussi le centre de gravité, ce qui stabilise le vol et améliore la pénétration — logique en chasse ou en 3D. À l’inverse, une pointe légère privilégie la vitesse et la tension de trajectoire. Les pointes à visser permettent de tester plusieurs grammages sur le même tube.
L’empennage : trois ou quatre plumes
Les plumes ne dirigent pas la flèche, elles la redressent : elles freinent l’arrière du projectile pour l’aligner sur sa trajectoire. On en monte classiquement trois, mais le montage quatre plumes existe et se justifie très bien en salle, où l’on cherche une stabilisation immédiate sur courte distance.
- Plumes naturelles : plus hautes, plus rugueuses, elles stabilisent plus vite. Elles sont indispensables en tir traditionnel, où la flèche repose directement sur le tapis de la fenêtre : une plume plastique, en s’écrasant contre l’arc, dévierait le départ.
- Plumes plastique : plus résistantes, insensibles à la pluie, faciles d’entretien. C’est le choix logique sur arc classique et arc à poulies, où la flèche passe sur un repose-flèche.
Le profil compte aussi : une plume basse et longue traîne moins mais stabilise plus tard, une plume haute et courte fait l’inverse. Plus la distance est longue, plus on cherche à réduire la surface — d’où les petites plumes vues sur les arcs à poulies en extérieur.
L’encoche : la pièce qu’on néglige
C’est par elle que transite toute l’énergie des branches. Elle doit être adaptée au diamètre du tube et à l’épaisseur de votre corde : une encoche trop serrée retient la flèche et perturbe le lâcher, une encoche trop lâche la laisse tomber au moment de viser.
Le bon test : encochez la flèche, tenez la corde à l’horizontale et tapotez-la légèrement. La flèche doit se détacher au deuxième ou troisième coup. Et surtout, changez systématiquement une encoche fendue — une encoche cassée au lâcher, c’est un tir à vide et potentiellement des branches détruites.
Quelles flèches pour quelle pratique ?
| Pratique | Tube conseillé | Empennage |
|---|---|---|
| Débutant en club | Carbone entrée de gamme ou aluminium | Plastique, 3 plumes |
| Salle (18 m) | Aluminium ou mixte, gros diamètre | Naturelles ou plastique hautes |
| Extérieur (50-70 m) | Carbone fin ou mixte | Plastique basses |
| 3D et tir nature | Carbone léger et solide | Plastique |
| Arc traditionnel | Bois ou carbone | Naturelles obligatoires |
| Chasse à l’arc | Carbone lourd | Plastique, pointe lourde |
Les quatre erreurs les plus fréquentes
- Acheter des flèches avant de connaître son allonge et sa puissance réelle. Sans ces deux chiffres, aucun tableau de spine n’est exploitable.
- Reprendre les flèches d’un ami. Elles sont calibrées pour son arc et sa morphologie, pas pour les vôtres.
- Prendre la puissance marquée sur les branches pour argent comptant. Elle vaut pour 28 pouces d’allonge. Avec 30 pouces, vous tirez sensiblement plus lourd.
- Panacher des tubes de spines différents dans le même carquois. Vos groupements ne voudront plus rien dire.
En résumé
Prenez les choses dans cet ordre : mesurez votre allonge, faites peser votre puissance réelle au peson, ouvrez le tableau du fabricant, déduisez-en le spine, puis choisissez le matériau et la longueur en fonction de votre discipline. La pointe et l’empennage viennent en dernier, comme réglages d’ajustement.
Fait dans cet ordre, le choix devient simple. Fait dans le désordre, il devient un casse-tête coûteux. Si vous hésitez encore entre deux spines, l’ensemble du catalogue flèches et tubes d’Archerie.fr propose des références couvrant toutes les puissances — et un doute levé avant l’achat vaut mieux qu’un jeu de flèches inutilisable.
Pour aller plus loin : comment choisir son arc et recentrer sa visée.