Le point d’ancrage, c’est l’endroit exact où votre main de corde vient se poser sur le visage à pleine allonge. Il joue un rôle simple mais décisif : il constitue votre repère arrière de visée.
Sur un arc, le viseur donne le repère avant. Le repère arrière, lui, c’est votre visage. Si l’ancrage se déplace d’un demi-centimètre entre deux flèches, l’axe de visée change — et vos impacts avec lui. C’est la raison pour laquelle un ancrage instable ruine des groupements bien plus sûrement qu’un viseur mal réglé.
Ce qui définit un bon point d’ancrage
Trois qualités, dans cet ordre :
- Reproductible. Identique à chaque flèche, sans avoir à y penser. C’est de loin le critère le plus important.
- Osseux. On s’ancre contre une structure dure — la mâchoire — et non dans les tissus mous de la joue, qui se déforment.
- Confortable. Un ancrage douloureux ne sera jamais tenu de la même façon deux fois de suite.
Notez qu’un ancrage « parfait » n’existe pas dans l’absolu : il dépend de votre morphologie, de votre discipline et de votre type d’arc. Un ancrage moyen tenu rigoureusement bat un ancrage théoriquement idéal appliqué approximativement.
L’ancrage en arc classique
En arc classique, on tire en prise méditerranéenne : l’index au-dessus de l’encoche, le majeur et l’annulaire en dessous. Le pouce et l’auriculaire restent repliés, à l’écart, et ne touchent rien.
C’est une confusion courante : ce ne sont ni le pouce ni l’index qui viennent contre la mâchoire. En prise méditerranéenne, le contact se fait par le dessus de l’index, qui vient se loger sous l’os de la mâchoire.
L’ancrage classique dit « bas » repose sur trois contacts simultanés :
- L’index sous la mâchoire, plaqué contre l’os.
- La corde au milieu du menton, effleurée sans pression.
- La corde au bout du nez, contact léger mais très précieux : c’est le repère latéral le plus fiable dont vous disposiez.
Ces trois points forment un triangle qui verrouille la position dans les trois dimensions. Selon votre morphologie — nez plus ou moins marqué, mâchoire plus ou moins saillante — l’emplacement exact variera légèrement. Peu importe : ce qui compte, c’est que vos trois contacts soient les mêmes à chaque flèche.
L’ancrage en arc à poulies
Tout change, parce que la corde n’est plus tirée aux doigts mais avec un décocheur.
Le contact se fait généralement par le dos de la main ou l’articulation de l’index, calé sous ou derrière la mâchoire. À cela s’ajoutent deux repères spécifiques :
- Le kisser button, une petite pastille fixée sur la corde qui vient se placer au coin des lèvres.
- Le peep sight, un œilleton inséré dans les brins de la corde, à travers lequel on regarde le viseur. À pleine allonge, il doit se centrer naturellement autour du scope — s’il faut bouger la tête pour le trouver, c’est que l’ancrage ou la hauteur du peep est à revoir.
L’arc à poulies étant mécaniquement plus tolérant, on croit parfois l’ancrage moins critique. C’est l’inverse : avec un peep sight, le moindre décalage de tête se voit immédiatement.
L’ancrage en tir traditionnel
En longbow ou en tir instinctif, l’ancrage est généralement haut : l’index vient à la commissure des lèvres, ou plus haut encore sur la pommette.
La logique est différente. Un ancrage haut rapproche la flèche de l’œil, ce qui facilite l’estimation instinctive de la trajectoire sans viseur. C’est moins précis mécaniquement, mais bien plus intuitif — et parfaitement adapté aux distances courtes du tir de parcours.
Construire un ancrage reproductible
Trois exercices simples, par ordre d’efficacité :
- Le tir à blanc. Face à une butte, à trois mètres, sans cible et les yeux fermés. Débarrassé de l’enjeu de viser, vous ne vous concentrez que sur les sensations de contact. C’est de loin l’exercice le plus rentable pour installer un ancrage.
- L’armement à vide avec descente contrôlée. Armez, ancrez, tenez cinq secondes, redescendez lentement sans décocher. À répéter en début de séance.
- La vidéo. Filmez-vous de profil sur une volée. Vous verrez immédiatement si votre tête bouge, si vous allez chercher la corde ou si l’ancrage varie entre la première et la sixième flèche.
Attention à un défaut très répandu : aller chercher la corde avec la tête au lieu d’amener la corde au visage. La tête doit rester droite et immobile, le regard vers la cible. C’est l’arc qui vient à vous.
Le clicker : ce qu’il fait, et ce qu’il ne fait pas
Le clicker est une fine lame métallique fixée sur la fenêtre d’arc, sous laquelle passe la pointe de la flèche. Quand la pointe la dépasse, la lame claque contre l’arc : c’est le signal de décocher.
Point à corriger, car l’erreur est fréquente : le clicker ne se déclenche pas au moment où l’on atteint le point d’ancrage. La chronologie réelle est la suivante :
- Vous armez et venez poser votre ancrage.
- Vous visez, puis vous continuez à tirer avec le dos — c’est cette traction résiduelle de quelques millimètres qui fait avancer la flèche.
- La pointe franchit la lame : le clic retentit.
- Vous décochez.
Le clicker garantit donc une allonge rigoureusement constante, et il oblige à maintenir le travail du dos jusqu’au bout. C’est un outil de régularité, pas un signal d’arrivée en position.
Un mot d’avertissement : posez-le tard. Sur un archer dont l’allonge n’est pas encore stabilisée, le clicker devient une source d’angoisse et peut favoriser des blocages au lâcher — voir le défaut de retenue.
Les erreurs les plus fréquentes
- Un ancrage qui glisse en fin de séance. C’est un signe de fatigue, donc souvent de surpuissance. Réduisez plutôt que de compenser.
- Écraser la corde contre le visage. Les contacts doivent être légers : une corde enfoncée dans la joue part de travers au lâcher.
- Changer d’ancrage selon la distance. L’ancrage reste identique ; c’est le viseur qui s’ajuste.
- Négliger le contact au nez en arc classique. C’est le repère latéral le plus fiable, et le premier à disparaître quand on se relâche.
- Modifier son ancrage en pleine compétition. Un changement d’ancrage se travaille à l’entraînement, sur plusieurs semaines.
En résumé
En arc classique, cherchez trois contacts : index sous la mâchoire, corde au menton, corde au bout du nez. En arc à poulies, dos de la main sous la mâchoire, kisser button et peep sight alignés. En traditionnel, index à la commissure.
Puis, quelle que soit votre discipline : ne changez plus rien. La valeur d’un point d’ancrage ne tient pas à sa position, mais à sa répétition.
À lire ensuite : bien tenir son grip et recentrer sa visée.